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A West African Hot Sauce Company - You will dream of Africa


Le 25 juillet 2005
Volume VIII Numéro 11 
L'Express du Pacifique

Du Togo à Nelson

Par : Cécile Lepage
Editeur : L'Express du Pacifique


Cécile Lepage nous parle de Edmond Segbeaya, un immigrant d’origine togolaise qui, après bien des péripéties, s’est établi à Nelson où il s’apprête à partir à l’assaut du marché de la sauce piquante. 


La famille Segbeaya s’est installée en Colombie-Britannique en 2001, au terme d’un périple mouvementé qui les a menés de leur Togo natal au Canada, en passant par l’Allemagne. 

Demandez à un quelconque chauffeur de taxi de Nelson dans les Kootenays de vous indiquer le domicile du « hot sauce guy » et il vous conduira sans hésiter chez Edmond Segbeaya. Ce sémillant Togolais, faute d’un permis de conduire, a régulièrement recours à leur service pour trimballer d’un bout à l’autre de la ville ses échantillons de sauce piquante et faire son « one man show », comme il aime à dire. « Je fais la cuisine, je m’occupe du 
marketing et je vends la sauce. » Baptisé Ebesse Zozo, cet assaisonnement est une recette traditionnelle de son pays d’origine qu’il a commencé à commercialiser en 2001, un peu par hasard. C’est parce que le commerçant de la coopérative locale où les Segbeaya s’approvisionnaient s’étonnait des quantités astronomiques de piments habaneros que la famille consommait qu’il a demandé à goûter à la mystérieuse préparation. Conquis, il a suggéré au cuisinier de la mettre en vente. Ces jours-ci, Edmond Segbeaya est de passage dans les magasins Capers de Vancouver pour des séances de dégustation d’Ebesse Zozo, désormais distribué par la fameuse chaîne… 
L’histoire d’une réussite comme on en connaît beaucoup d’autres en Amérique du Nord ? Si ce n’est qu’Edmond Segbeaya a connu un parcours semé de mille embûches avant de se nicher au cœur de la Colombie-Britannique. Un itinéraire que résume le nom donné à son entreprise, Awassi, qui signifie en ewe, sa langue natale : « les gens qui ont fui la persécution ». « Ce choix reflète ma personnalité, mon expérience en Allemagne et c’est aussi un hommage à mon ancêtre, fondateur de mon village au Togo, qui avait lui-même fui le Nigéria et son tyran », explique-t-il. Au cours de sa jeunesse togolaise, son opposition à la dictature de Gnassingbé Eyadema et son militantisme lui ont notamment valu une blessure au mollet et un séjour en prison. En août 1991, après l’échec d’une révolution estudiantine, il quitte clandestinement le pays, laissant derrière lui son épouse et leurs filles jumelles. Direction : l’Allemagne et la Bavière, réputées sympathisantes des opposants d’Eyadema au contraire de la France, ancienne puissance coloniale complaisante envers le régime autoritaire. C’est pourtant, pour Edmond Segbeaya et sa famille, le début d’un long cauchemar bureaucratique. Même si sa femme Clémentine peut le rejoindre en 1995, le statut de réfugiés politiques leur sera refusé à plusieurs reprises, six fois en tout ! À chaque fois, ils échappent à la déportation grâce au soutien d’amis bien placés, notamment des parlementaires du parti politique SPD auquel le couple s’est inscrit. Edmond Segbeaya rit : « Il y a toujours un subterfuge ! » Que ce soit le recours à Amnesty International ou l’asile dans une église. Cette dernière cachette qui ne devait être que temporaire a fini par durer 14 mois et s’est prolongée par un séjour de deux ans et demie dans un monastère ! Edmond Segbeaya convient sobrement que « la captivité, c’était dur. Nous craignions que notre petite dernière, Espoir, qui n’avait que 6 mois au début, ne soit pas normale du fait de notre isolement ». Craintes aujourd’hui dissipées. Rien n’aurait été possible sans le soutien de personnes de bonne volonté qui se relayaient pour leur rendre visite et subvenir à leurs besoins. C’est finalement par l’initiative d’une citoyenne canadienne installée en Allemagne que les Segbeaya commencent leur démarche pour immigrer au Canada. Susan Brown-Clarke entre en contact avec une de ses amies, Barbara Mason, résidant à Nelson pour organiser la sponsorisation de la famille. Sept églises de la ville ont signé le contrat avec l’immigration et ont même réussi à obtenir des visas pour les jumelles, Solange et Sophie, élevées par leurs grands-parents au Togo. « Cela faisait dix ans que je n’avais pas serré mes filles dans mes 
bras ! », s’exclame Edmond Segbeaya les larmes aux yeux. Les parents débarquent à Nelson fin septembre 2001 et sont rejoints en novembre par leurs filles. S’ils avaient déjà vécu le choc culturel avec la civilisation occidentale en découvrant l’Allemagne, ils ont néanmoins dû apprendre l’anglais et reprendre leurs études pour valoriser leurs formations… Nostalgique de la cuisine relevée de son pays natal, Edmond Segbeaya court les magasins pour dénicher des piments dignes de ce nom… La suite, vous la connaissez…